Pourquoi les écoles d’informatique doivent-elles former leurs étudiants à l’accessibilité numérique ?

En tant qu’entreprise de services numériques, Empreinte Digitale recrute régulièrement des développeurs, des testeurs et des chefs de projets. Force est de constater que les candidats disposant d’une compétence, voire d’une simple connaissance, dans le domaine de l’accessibilité numérique, sont quasiment inexistants.

À la question “Savez-vous ce qu’est l’accessibilité numérique ?”, si la plupart restent totalement muets, certains se hasardent à émettre une définition proche de celle du Responsive Web Design : une vraie lacune. Pourtant, cette compétence, essentielle à chaque étape d’un projet web, devrait faire partie des cycles communs d’apprentissage des formations au numérique. Imagine-t-on ne pas enseigner la conjugaison à un élève de CE1 qui apprend à lire et à écrire ? Il en est de même pour l’accessibilité numérique dans le cursus de formation d’un développeur, cela doit faire partie des fondamentaux !

Cette totale incompétence se retrouve également dans nos rapports d’audit : quelle que soit l’importance des sites concernés ou la notoriété des agences à l’origine de ces réalisations, le niveau atteint est généralement catastrophique, nécessitant des journées entières de corrections pour rattraper un niveau acceptable.

Or, ne pas développer accessible peut avoir de graves conséquences, non seulement humaines mais aussi juridiques et financières.

C’est avant tout une question de droits

L’accessibilité numérique, c’est la possibilité pour chacun d’utiliser les outils informatiques, quelle que soit sa façon d’y accéder : au clavier ou à la souris uniquement,
avec un lecteur d’écran, en personnalisant l’affichage, sans son, etc.

L’article 47 de la loi du 11 février 2005 impose aux services de communication en ligne des services de l’État, des collectivités territoriales et des établissements publics qui en dépendent, d’être accessibles aux personnes handicapées, tous handicaps confondus. Depuis, l’obligation légale a été étendue, obligeant certains acteurs privés (sous condition de chiffre d’affaires) et organismes délégataires d’une mission de service public à se mettre en conformité (article 106 de la loi pour une République Numérique).

Depuis le 23 septembre 2018, les États membres de l’Union Européenne doivent aligner leur législation sur la Directive Européenne sur l’accessibilité. C’est dans la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, promulguée le 5 septembre, que les nouvelles dispositions ont été inscrites à l’article 80, le décret d’application devant être publié avant le début de l’été 2019.

À noter que le décret devrait introduire la notion de sanction financière pour défaut de déclaration ; la somme annuelle évoquée, pour chaque site en défaut, pourrait atteindre 25 000 euros !

L’un des enjeux de ces dernières années est celui de la transformation numérique. Si cette transformation numérique exclut tout une partie de la population du fait de l’inaccessibilité des services numériques, cette transformation numérique est ratée !

Comme l’a rappelé le défenseur des droits dans son rapport « Dématérialisation et inégalités d’accès aux services publics », le fait de priver de ses droits un utilisateur est un échec.

D’un point de vue législatif, cela s’apparente à de la discrimination et cela est puni par la loi. La discrimination est punie de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende (article 225-2 du Code pénal). Lorsque la discrimination est commise dans un lieu accueillant du public, les peines sont portées à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende.

Avant tout ou après coup : ça n’est pas le même coût !

Quand on évoque les conséquences financières de la non accessibilité d’un site, on pense juridique, et on parle alors de sanctions financières… Mais a-t-on mesuré l’impact de corrections apportées après coup sur un site Web, impact en termes de non qualité, de respect d’un planning et de coûts financiers ?

Corriger a posteriori un site mal conçu peut demander un temps infini et le résultat est souvent bancal, du fait des verrues que l’on a été obligés d’installer pour régler certains problèmes. Sans compter la lassitude des équipes non formées qui ne comprennent généralement pas ce qu’on leur demande de faire.

Alors qu’une équipe dûment formée et régulièrement mise à niveau concevra et réalisera de manière naturelle un site d’emblée accessible. Le passage final d’un auditeur pourra relever quelques oublis mais ça ne viendra mettre en péril ni le planning ni le budget ni la qualité et la pérennité des développements réalisés.

Tous les métiers du numérique sont concernés

Les futurs diplômés du numérique, issus de vos formations, seront recrutés comme concepteurs, développeurs, chefs de projet, responsables SI (systèmes d’information), webdesigner, etc. Ils travailleront, à un moment ou un autre de leur vie professionnelle, dans une ESN (Entreprise de services numériques) ou une agence web, dans un service informatique d’une entreprise privée ou d’une organisation publique. L’accessibilité numérique impactera directement ou indirectement chacun des métiers que l’étudiant sera amené à exercer, et ce quelle que soit la structure d’accueil.

Concevoir ou développer un site web

Le cœur du métier d’une agence web ou d’un service informatique est de concevoir et de développer des outils pour répondre aux besoins de ses utilisateurs. Attention donc à bien répondre aux besoins de TOUS les usagers.

L’expertise en accessibilité n’est pas réservée aux développeurs. Elle entre notamment en jeu dès lors qu’il faut :

  • s’assurer des choix technologiques (CMS (Content management system), notamment) ;
  • évaluer le besoin en accompagnement externe ;
  • identifier les complexités comme le développement de composants riches ;
  • s’assurer, à  l’étape des maquettes, prototypes et wireframes, de la présence des éléments obligatoires, de contrastes suffisants, mais aussi qu’aucune information n’est exclusivement donnée par la forme ou la couleur ;
  • évaluer le besoin en alternative pour les contenus complexes ;
  • etc.

Puis vient l’étape du développement et de l’intégration, où la moindre erreur peut avoir des répercussions bloquantes pour les utilisateurs handicapés : impossibilité de comprendre un tableau de données, de remplir un formulaire, de naviguer au clavier, d’atteindre une page, etc.

Contribuer de manière accessible

Il ne suffit pas de construire un site parfaitement accessible, il faut faire en sorte qu’il le demeure au fil du temps. Cet objectif concerne essentiellement la production de contenus : textes, illustrations, médias riches, PDF…

L’expertise en accessibilité numérique est alors indispensable au contributeur pour :

  • savoir quand et quoi mettre comme alternative textuelle à une image ;
  • concevoir un document bureautique accessible ;
  • structurer correctement un tableau de données,
  • organiser un article avec des niveaux de titre ;
  • prévenir lorsqu’un document est en téléchargement ;
  • etc.

Par qui et où se faire former ?

Idéalement, l’accessibilité numérique devrait se trouver au programme des formations initiales des cycles de l’enseignement supérieur liés au numérique. Or, nous constatons malheureusement que ce n’est que trop rarement le cas, hormis certaines rares écoles privées du numérique qui incluent une introduction à l’accessibilité numérique…

Il faut alors se tourner vers des sociétés privées spécialisées, disposant de formateurs experts certifiés en accessibilité numérique, comme Empreinte Digitale (tout comme celles de nos confrères d’Access42, Access-first ou Braillenet par exemple, mais il y en a d’autres), des organismes de formation professionnelle ont même créé des cycles de formation dédiés au RGAA (Référentiel Général d’Accessibilité pour les Administrations).

Ne pas hésiter à demander le CV de l’intervenant pressenti pour s’assurer de ses compétences et de son expérience.

Quels contenus et quelle durée pour ces formations à l’accessibilité numérique ?

Suivant les profils des étudiants, plusieurs types d’interventions sont possibles. Mais quoi qu’il arrive, la sensibilisation à l’accessibilité numérique devrait être un préalable indispensable à toute formation au numérique, d’autant plus que cette sensibilisation peut être dispensée en une demi-journée.

Pour les formations plus techniques liées au développement ou à l’intégration, une approche approfondie du RGAA 3 sera nécessaire, afin de contrôler la mise en œuvre technique de chaque critère, thématique par thématique, afin d’intégrer nativement les règles d’accessibilité dans les habitudes de développement. Trois journées de formation sont un minimum.

Enfin, les formations spécialisées en accessibilité numérique (auditeur ou référent accessibilité) demandent un nombre de jours de formation plus important (jusqu’à 10 jours) et concernent un public plus restreint. Celles-ci pourraient faire l’objet d’une option au sein des cursus de formation.

Des  formations complémentaires existent à destination des chefs de projet, des webdesigners, des contributeurs, la durée moyenne est de 2 journées.

Dans un monde où le numérique devient une obligation (déclarer ses impôts, demander une carte grise, communiquer avec Pôle Emploi, avec sa banque…), l’accessibilité numérique ne doit plus être une option que l’on raye d’un trait de plume, faute de temps ou d’argent. Elle doit devenir une pratique évidente et naturelle chez les professionnels du numérique, sans qu’il soit nécessaire de faire référence à la loi. Il suffit simplement que les écoles en prennent conscience et introduisent cet enseignement dans leurs programmes, dès la rentrée 2019 ; les formateurs compétents existent et ils sont disponibles !

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