Mon arrivée chez Empreinte Digitale, déjà cinq mois !

Raphaël Poitevin a rejoint notre équipe d’administrateur système et réseaux en juin dernier. Informaticien et non voyant, Raphaël raconte dans cet article son expérience en tant que nouvel arrivant chez Empreinte Digitale : ce qui fonctionne bien, moins bien et ce qui reste à améliorer pour son quotidien.

Mon arrivée chez Empreinte s’est déroulée en deux phases. Il y a eu une phase préparatoire à celle-ci et l’arrivée à proprement parler.

 Avant l’arrivée

Repérage en extérieur

Raphaël :  Avant d’intégrer mon poste, j’ai tout d’abord effectué un repérage avec Nathalie, instructrice en locomotion auprès des Chiens-guides de l’Ouest, afin de maîtriser le trajet entre le bus et les locaux. Rapidement, il a été convenu que mon arrivée serait fracassante, ne pouvant pas utiliser la même entrée que tout le monde. Donc, déjà VIP avant même d’être connu !

Le repérage en extérieur est un élément indispensable pour faciliter les déplacements en toute autonomie des personnes malvoyantes. C’est une technique à part entière qui se travaille comme nous le précise Noëlle Poidras, instructrice en locomotion chez les Chiens Guides d’Aveugles de l’Ouest : la locomotion est indispensable. C’est un ensemble de techniques qui permettent à la personne déficiente visuelle de se déplacer en toute sécurité.  Ceci implique de maîtriser la canne blanche et de développer tout ce qui est multisensoriel. L’ouïe comme l’écoute de la circulation, l’analyse des carrefours, mais aussi le sens podotactile, la kinesthésie, etc. Avec cette approche multisensorielle, l’objectif est d’imbriquer tous les sens ensemble pour créer du sens justement. La personne améliorera ainsi sa représentation mentale et spatiale des lieux.

Nous faisons en sorte de développer une manière qui permet de se déplacer partout, n’importe où et n’importe quand grâce à une stimulation de tous les paramètres concernant la ville.

Pour arriver chez Empreinte Digitale par exemple, Raphaël fait appel à différents sens, comme le souligne Noëlle Poidras : Chez Empreinte Digitale, la rue tourne et monte, la circulation se fait de gauche à droite : c’est une indication sonore et kinesthésique utile pour Raphaël pour savoir où commence la passerelle menant aux locaux. Le vent et la résonance avec le bâtiment peuvent aussi informer sur la structure des lieux. Ce sont des informations que Raphaël à l’habitude de repérer. 

Repérage en intérieur

Raphaël :  Par la suite, avec Noëlle, également instructrice auprès des Chiens-Guides de l’Ouest, j’ai visité l’intérieur des locaux, afin de repérer mon bureau, la cuisine et surtout, surtout, la machine à café. Cela a permis également de voir si l’emploi du Minitact (boîtier à infra-rouges, qui vibre dans la main lorsqu’on rencontre un obstacle.) me serait utile. Ce jour-là, Yves, alors qu’il était normalement en congé, a pris le temps de nous accompagner. 

Noëlle Poidras précise que le repérage en intérieur se base sur la même méthode que celle utilisée pour se repérer à l’extérieur :  En intérieur, on utilise le même processus de représentation mentale.  Quant au Minitact, il offre une aide précieuse pour se repérer avec un obstacle chez Empreinte :  Raphaël utilise le Minitact qui s’appuie sur la résonance pour signaler des obstacles. Chez Empreinte Digitale, les étages sont construits de manière identique. Une fois qu’un étage a été repéré, c’est plus simple pour Raphaël de se construire une bonne image mentale des lieux pour se déplacer et bien interpréter les informations du boîtier ! En général, on utilise le Minitact en intérieur dans un lieu connu et où la personne est connue ce qui est le cas de Raphaël.

Apprenez-en plus sur les techniques de locomotion dans cet article rédigé par Raphaël sur son blog.

De l’administratif avec Adeline

Raphaël :  Comme en tant qu’handicapé, nous avons un milliard de papiers à remplir, Adeline a bien voulu s’atteler à la tâche car bien sûr, à l’heure de l’informatique, tout est encore sur papier, très pratique quand on est aveugle ! 

Mon arrivée

Raphaël :  Ce fut un jour comme les autres chez Empreinte Digitale. Le monde ne s’est pas arrêté de tourner en mon honneur, pas de tapis rouge même si Yves-Gaël a essayé de me faire croire qu’il y en avait un ! Au final, je ne connais même pas la couleur de la moquette, mais je me laisse imaginer qu’elle est devenue couleur café. 

Le poste de travail

Raphaël :  C’est Antoine qui m’a accueilli et m’a donné un ordinateur ; un Thinkpad, presque comme le mien. Les gars ne m’ont pas tout de suite agressé et m’ont laissé le temps d’installer ma Debian (système d’exploitation) aux petits oignons, comme je l’entendais. On ne m’a pas empêché d’installer Emacs, mais chut ! C’est secret ! Dans mon bureau, on préfère VI ! Un jour, je leur expliquerai la vraie vie ! 

Point de vue sur l’accessibilité des outils

L’accessibilité des logiciels de travail

Raphaël :

  • Mattermost (blablablabla !) : le plus pénible, c’est de ne pas pouvoir filtrer le “timestamp” ;  à chaque message, le lecteur d’écran répète : « At 15:17 jeudi 5 août, Raphaël wrote, salut ».
  • Redmine est globalement accessible, j’accède aux tickets
  •  Doc.cloud-ed : pas beaucoup essayé, le terrain est miné.
  • Bitwarden : le client en lignes de commandes nous sauve ; assez abscons de prime abord, mais on s’en sort !
  • Thunderbird : personnellement, trop lourd à mon goût, j’eus préféré mon Gnus (client de messagerie) de dinosaure, mais je ne parviens pas à envoyer de mails avec
  • Big BlueButton : assez compliqué ; il manque des raccourcis pratiques tel que le Push to Talk.
  • Passhport : pourrait être pratique que la liste des machines s’affichent dans un `less‘.

Un retour d’expérience qui montre à quel point l’accessibilité numérique est indispensable pour que les personnes en situation de handicap puissent travailler avec les outils informatiques. Même en étant experts, les solutions que nous utilisons au quotidien restent perfectibles !

L’aménagement des locaux

Raphaël : Très vite, Clélia s’est enquise auprès de moi pour savoir quels équipements installer afin de sécuriser mes déplacements.

Parmi les éléments périlleux, le digicode à l’entrée et les plots près de la porte comme le confirme Noëlle Poidras : A l’intérieur des locaux d’Empreinte Digitale le digicode à l’entrée et les plots près de la porte pouvaient poser un problème. Mais Raphaël est très organisé et il peut parfois se faire aider par ses collègues de travail. Notre espace repas a aussi ses avantages et désagréments. La cantine aussi n’est pas évidente mais elle est aménagée de manière logique et elle est peu bruyante.

Enfin, nous avons installé dernièrement des bandes podotactile dans nos escaliers pour sécuriser les déplacements de Raphaël. L’installation de bandes podotactiles était importante car la porte du bureau de Raphaël est proche des escaliers et avec un mauvais angle de trajectoire. Sans bandes podotactiles il pouvait se retrouver par mégarde dans les escaliers ! son bureau est bien placé et permet de se concentrer mais aussi d’être avec tous ses collègues.

Ce qu’il faudrait améliorer pour l’aménagement des locaux

Raphaël :

  • Si l’établissement reçoit du public, il peut être intéressant d’installer une balise sonore, activable avec une télécommande, délivrant des informations (nom de l’établissement, horaires d’ouverture, etc.).
  • Installer des bandes podotactiles (détectables au pied) en haut de chaque volée de marches ou marche seule ; ce qui a été fait dans les escaliers.
  • Dans un escalier, la longueur de la main courante doit dépasser l’équivalent d’une marche à chaque extrémité de volets de marches et se terminer horizontalement.
  • Dans un grand espace, une ligne de guidage au sol continue peut être utile, en particulier pour s’acheminer vers un point important (accueil par exemple) ; pourrait être pratique depuis la cuisine vers les tables de jardin
  • Digicode : il serait intéressant que des bips confirment que les touches réagissent et indiquent si la saisie du code est correct ou erronée.
  • Machine à café peu accessible, non déterminisme des boutons ; leur fonction change selon une page de menu sélectionnée.

De nouvelles bonnes pratiques collectives à adopter

Raphaël nous livre les bonnes pratiques à adopter pour son bien-être que ce soit lors de ses déplacements dans les locaux ou pour échanger avec ses collègues.

  • Idéalement, penser à fermer ou laisser ouvertes complètement les portes, surtout lorsqu’elles donnent sur un axe de circulation ! C’est notamment le cas dans les toilettes, pas évident alors qu’en période COVID on préconise de laisser les portes ouvertes en permanence !
  • Éviter de placer temporairement des objets sur des lieux de passage ; par exemple des vélos, des colis placés dans les couloirs.
  • Quand on se croise, penser à dire son prénom ; un simple bonjour est souvent trop rapide pour avoir assez de matière sonore pour l’identification de voix.

Quelques semaines après

À peine intégré parmi les collègues, je me suis fait remarquer en annonçant la migration de Commun, puis finalement non, puis finalement oui, puis au final, ben … Retour en arrière.

Le mot de la fin

Raphaël : Quand Yves-Gaël m’a annoncé au bar l’intention d’Empreinte Digitale de m’embaucher en CDI, je n’ai pas hésité une seconde. J’avais arrêté depuis un certain temps de chercher du travail, au profit de mon indépendance. Mais là, j’aurais vraiment été le roi des imbéciles de refuser !

Un grand merci à Raphaël pour son retour d’expérience et encore bienvenue chez Empreinte Digitale !